coût de l’énergie et le renchérissement des produits alimen- taires. La hausse des prix de l’énergie a fait grimper le coût des engrais et des transports, tout en stimulant la production de biocarburants (voir l’encadré). Un tel couplage risque d’avoir des conséquences désastreuses pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté dans le monde.
La question des impacts du changement climatique est par- ticulièrement difficile à aborder dans les prévisions à long terme des prix agricoles. Les prévisions de la hausse de tempé- rature et de ses répercussions sur l’activité agricole pendant les deux prochaines décennies sont extrêmement incertaines. Le changement climatique représente une menace pour le rende- ment agricole dans de nombreux pays, même s’il est probable que certains des effets attendus ne se manifesteront qu’après 2030. La Banque mondiale prévoit un déclin de la productivité agricole de l’ordre de 1 à 10 % d’ici à 2030 (sur la base d’un scé- nario futur dans lequel les températures moyennes mondiales demeureront stables) : le Canada et l’Europe seraient les zones les moins touchées, tandis que l’Inde, l’Afrique subsaharienne et certaines parties de l’Amérique latine seraient plus dure- ment atteintes. Si le climat ne devait subir aucun changement d’ici à 2030, la productivité agricole mondiale augmenterait de près de 4 % et les prix alimentaires mondiaux chuteraient de 5,3 %. A long terme, les incidences du climat pourraient devenir bien plus graves, auquel cas la productivité agricole di- minuerait sensiblement dans diverses régions du monde, no- tamment en Afrique, pour s’établir loin en deçà de la moyenne mondiale (Cline, 2007).
Dans son rapport de 2009 sur les perspectives économiques mondiales, la Banque mondiale a effectué une série de simu- lations en vue de quantifier les résultats possibles. Si la pro- ductivité agricole mondiale augmente seulement de 1,2 % en moyenne par an, au lieu du niveau de 2,1 % prévu dans la si- tuation de référence, les prix pourraient non pas baisser, mais augmenter plutôt de près de 0,3 % par an. Si la production de céréales pouvait évoluer selon les projections et sans contrain- tes environnementales, elle augmenterait de 1,5 % jusqu’en 2030 et de 0,9 à 1 % entre 2030 et 2050 (FAO, 2006; Banque mondiale, 2008). Toutefois, les scénarios actuels concernant les pertes et les contraintes dues au changement climatique et à la dégradation environnementale – sans changement d’orien-
tation – indiquent que le taux d’accroissement de la production pourrait retomber à 0,87 % vers 2030, puis à 0,5 % entre 2030 et 2050 (Banque mondiale, 2008).
Subsidiairement, les biocombustibles pourraient avoir une for- te incidence sur les prix alimentaires si les cours du pétrole se maintenaient à des niveaux élevés ou si les coûts de production des biocombustibles baissaient sensiblement. Dans le cas d’un accroissement continu du taux de croissance de la demande de produits alimentaires comme intermédiaires pour la produc- tion de biocarburants (en supposant un doublement de la pro- duction de biocarburants par rapport au niveau de référence), les prix alimentaires chuteront seulement de 0,5 % par an. De manière générale, les estimations communes de l’OCDE et de la FAO confirment cette sensibilité aux principales hypothèses concernant le rendement et la production de biocombustibles (OCDE-FAO, 2008).
Dans l’ensemble, la hausse des prix alimentaires est un facteur essentiel de vulnérabilité humaine. Cette assertion comporte ce- pendant un double aspect. L’augmentation des prix alimentaires a un effet positif sur les ménages vendeurs nets de denrées ali- mentaires (FAO, 2008), du fait qu’elle leur permet d’amélio- rer leurs revenus et d’investir davantage dans l’acquisition de facteurs de production. Il est nécessaire à cet égard de limiter autant que possible l’instabilité des prix à court terme et de sti- muler des augmentations de faible niveau des prix alimentaires à long terme, afin d’accroître l’investissement dans le système agricole et de combler le fossé qui sépare d’une part, les pays dé- veloppés des pays en développement et, d’autre part, les zones rurales productrices d’aliments des zones urbaines consomma- trices. Il serait souhaitable que les aspects environnementaux décrits plus haut soient pris en compte dans ces processus pour mettre en place des systèmes agricoles durables qui permet- tent de satisfaire les besoins élémentaires de tous les habitants de la planète, afin d’éliminer la faim. Toutefois, pour parvenir à augmenter le rendement agricole et l’offre alimentaire sans se contenter de poursuivre le mode traditionnel d’expansion et l’utilisation d’engrais et de pesticides – aux dépens de la bio- diversité et des générations futures – il faudra nécessairement consentir des investissements substantiels et prendre dûment en compte des considérations liées à l’énergie alimentaire dans l’ensemble de la chaîne de production et de consommation.
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