IMPACTS DE LA DÉGRADATION ENVIRONNEMENTALE SUR LES ACTIVITÉS HALIEUTIQUES
Aujourd’hui, la pêche de capture produit annuellement 110 à 130 millions de tonnes de poissons et fruits de mer, dont 70 millions sont consommées directement par l’homme, 30 millions rejetées en mer et 30 millions transformées en farine de poisson. L’aquiculture et les pêches dulçaquicoles et maritimes fournissent environ 10 % de l’apport calorique chez l’homme – mais ce niveau est susceptible de baisser ou tout au plus de se stabiliser, et pourrait avoir déjà atteint sa valeur maximale.
Les zones de pêches primaires, qui sont aussi les plus impor- tantes, se trouvent le long du plateau continental, à une distance de moins de 200 milles marins des rivages. Leur distribution est irrégulière et très localisée. En effet, plus de la moitié des quantités de poissons débarquées en 2004 étaient capturées à moins de 100 kilomètres de la côte et à des profondeurs d’à peine 200 mètres, dans des aires représentant moins de 7,5 % des mers et océans du monde, alors que 92 % des captures ont eu lieu dans des espaces correspondant à moins de la moitié de la superficie totale des mers et océans.
Les variations du climat et l’absorption du dioxyde de carbone par le milieu marin contribueront à accélérer l’acidification des mers et des océans, le dépérissement de près de 80 % des récifs coralliens du monde ainsi que la perturbation de la circulation thermo-haline de l’océan et d’autres processus. Ces phénomè- nes affecteront particulièrement la cascade d’eau dense sur le plateau continental, mécanisme de « lessivage » qui dépollue les eaux côtières et charrie les nutriments vers des zones plus profondes. L’aménagement côtier, qui progresse très rapide- ment, devrait toucher 91 % de toutes les régions côtières ha- bitées d’ici à 2050 et causer plus de 80 % de la pollution du milieu marin. Les effets conjugués du développement accéléré, de la pollution côtière et du changement climatique sur les cou- rants favoriseront l’émergence de zones mortes marines, dont bon nombre se trouveront à l’intérieur ou à proximité de zones de pêche primaires (Diaz et Rosenberg, 2008).
La réduction des stocks de ressources halieutiques et la dégra- dation des habitats de poissons par la surpêche et le chalutage de fond met en péril la productivité globale des points chauds de la biodiversité marine, rendant ainsi ces zones très vulné-
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rables à la variation du climat. Jusqu’à 80 % des stocks de res- sources halieutiques primaires du monde sont exploités à des niveaux proches ou au-delà du seuil optimal de récolte; dans certaines zones de pêche, de vastes pans des fonds marins ont été partiellement ou gravement atteintes. A titre d’exemple, plus de 95 % des altérations et dommages subis par les monts sous-marins sont imputables à la pêche au chalut de fond qui, selon les estimations, aurait à lui seul causé aux fonds marins autant de dégâts que tous les autres engins de pêche réunis. Ainsi endommagées par la surpêche, le chalutage de fond et la pollution, les principales zones de pêche du monde sont de plus en plus infestées par des espèces envahissantes, notam- ment par le biais des eaux de ballast, le phénomène longeant les principales routes de navigation.
Les effets des pratiques de pêche non viables sont tels qu’il ne serait peut-être plus possible d’augmenter les prises effectuées avec les méthodes traditionnelles, et qu’en fait, on pourrait as- sister plutôt à un déclin marqué des ressources halieutiques à l’échelle mondiale au cours de la décennie à venir. Un tel scé- nario aurait aussi un impact sévère sur la production aquicole, qui dépend d’une alimentation à base de poissons.
AQUICULTURE
La production aquicole, exprimée en termes de poids, a plus que septuplé entre 1980 et 2000, passant de 5 millions à 36 millions de tonnes. Estimée à 9 milliards de dollars en 1980, la valeur générée a atteint 52 milliards en 2000 (Deutsch et coll., 2007). En 2006, on a consommé dans le monde 110,4 mil- lions de tonnes de poissons, dont 51,7 millions provenaient de l’aquiculture. Pour satisfaire la demande mondiale de poissons et fruits de mer, l’aquiculture devra produire 28,8 millions de tonnes supplémentaires – soit au total 80,5 millions de tonnes – chaque année, rien que pour maintenir la consommation de poisson par personne aux niveaux actuels. Cependant, le taux de croissance de l’aquiculture est en baisse : estimée à 11,8 % de 1985 à 1995, il s’est replié à 7,1 % pendant la décennie sui- vante, puis à 6,1 % durant la période 2004–2006. En octobre 2008, la FAO a indiqué de nouvelles difficultés qui devraient être surmontées pour que l’aquiculture parvienne à satisfaire la demande croissante de poissons.
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