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PREFACE

En 2008, la flambée des prix des produits alimentaires a re- plongé des millions de personnes dans la faim et déclenché des émeutes dans divers pays, dont l’Egypte, Haïti, le Cameroun et le Bangladesh. Malgré la chute brutale des prix des carbu- rants qui avaient subi eux aussi une hausse sensible, les prix des produits alimentaires continuent de susciter des interroga- tions, notamment ceux du blé, du maïs et du soja qui se situent encore au-delà de leurs niveaux d’il y a 12 à 18 mois.

Pour bien comprendre les facteurs qui sous-tendent la crise ali- mentaire et en évaluer l’évolution, le PNUE a mis sur pied une équipe d’intervention rapide constituée de spécialistes internes et internationaux. Les conclusions de cette équipe sont présen- tées dans le présent rapport dont le lancement a eu lieu lors de la vingt-cinquième session du Conseil d’administration du PNUE/Forum ministériel mondial sur l’environnement.

La crise est imputable à plusieurs facteurs, dont la spéculation sur les marchés des produits de base, les sécheresses et la dimi- nution des réserves. Le rôle croissant de la production agricole à des fins non alimentaires telles que la culture des biocombus- tibles est également examinée. Fait important à noter, le rapport est tourné vers l’avenir. L’année 2008 a-t-elle été un phénomène aberrant ou un signe précurseur des nouvelles tendances gé- nérales des prix des produits alimentaires et, dans ce cas, que devrait être la réponse de la communauté internationale? Selon les experts, à moins d’une gestion durable et plus intelligente de la production et de la consommation, les prix des produits alimentaires pourraient effectivement devenir plus instables et plus élevés, par suite de la dégradation croissante de l’environ- nement, dans un contexte où la population mondiale évaluée à 6 milliards d’habitants devrait atteindre 9 milliards d’ici à 2050. On pourrait ainsi « perdre » jusqu’à 25 % de la production ali- mentaire mondiale durant le siècle en cours, du fait de facteurs comme le changement climatique, la raréfaction de l’eau, les attaques de parasites et la dégradation des sols.

Une simple mise à l’échelle des méthodes de production du XXe siècle qui reposaient essentiellement sur l’utilisation d’engrais et de pesticides ne saura apporter une solution sa- tisfaisante à la crise en cours. Elle contribuera à détériorer davantage les précieux intrants et services d’origine naturelle dont bénéficie l’agriculture, notamment la disponibilité de sols sains et productifs, le recyclage de l’eau et des nutriments par les forêts et le rôle des pollinisateurs comme les abeilles et les chauves-souris.

Le rapport comporte sept grandes recommandations qui re- présentent de réelles possibilités de stimuler l’aquiculture et la pisciculture sans aggraver les atteintes à l’environnement, ainsi que de réduire et d’utiliser les déchets alimentaires tout au long de la chaîne, jusqu’au maillon du consommateur.

En riposte aux crises alimentaire, pétrolière et financière de 2008, le PNUE a lancé son initiative Global Green New Deal and Green Economy (Nouvelle donne écologique mondiale et Economie verte) : l’alimentation fait partie intégrante de la né- cessaire transformation des paramètres économiques, sociaux et environnementaux. C’est au prix d’une révolution véritable- ment verte que nous pourrons parvenir à établir un équilibre entre les besoins alimentaires et la nécessité de gérer les éco- systèmes qui constituent le fondement même d’une agricul- ture durable.

Je suis persuadé que le présent rapport contribuera à enrichir le débat engagé, mais il devra aussi donner lieu à des actions et des investissements plus rationnels, créatifs, innovants et am- bitieux pour intégrer l’agriculture du XXIe siècle au processus de réalisation d’une Economie verte durable.

Achim Steiner Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE

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