ALIMENTS – OU FOURRAGES – À BASE DE DÉCHETS
L’utilisation de rejets, de déchets et d’autres pertes post-récolte pourrait permettre d’augmenter durablement l’offre d’aliments pour les animaux et les poissons sans avoir à élever le niveau de production actuel, mais tout simplement en améliorant l’effica- cité énergétique et les méthodes de conservation tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.
De façon étonnante, peu d’attention a été accordée à la néces- sité de préserver les aliments déjà récoltés ou produits. Il est important à cet égard de déterminer le pourcentage d’aliments rejetés ou perdus lors de la récolte, de la transformation, du transport et de la distribution ainsi que du transit entre le point de vente et le lieu de consommation. La réduction de telles per- tes serait l’une des options les plus viables pour accroître les disponibilités alimentaires.
Les rejets de poissons en mer représentent la proportion la plus élevée de pertes d’aliments récoltés ou produits à partir de sources naturelles, notamment du fait de la pratique du chalutage de fond pour la pêche aux crevettes. Peu de données existent sur la mortalité des poissons rejetés à la mer qui, pour certaines espèces, se situerait entre 70 et 80 %, voire plus (Bettoli et Scholten, 2006; Broadhurst et coll., 2006). Les quantités rejetées peuvent atteindre 30 millions de ton- nes, par rapport à des débarquements de 100 à 130 millions de tonnes par an. La production d’aliments pour l’aquiculture est un grand goulet d’étranglement du fait de la disponibi- lité limitée de farine et d’huile de poisson utilisables à cette fin (FAO, 2008). L’effondrement des écosystèmes marins aurait par conséquent une incidence directe sur les prix des produits et sur l’échelle de production dans ce domaine. A l’heure actuelle, il est difficile de déterminer si les pêches ma- ritimes pourraient permettre de réaliser l’augmentation de 23 % des débarquements qui est requise pour accroître la pro- duction aquicole de 56 % afin de maintenir la consommation de poisson par personne aux niveaux actuels jusqu’en 2050. Toutefois, si les tendances actuelles persistent, la quantité de poissons rejetée en mer pourrait suffire à assurer une aug- mentation de 50 % de la production aquicole. Bon nombre
des espèces concernées peuvent cependant être utilisées di- rectement pour la consommation humaine.
Les pertes de poissons après la capture sont en général élevées pour les exploitations de petite taille. Des travaux effectués récem- ment en Afrique par la FAO montrent que, indépendamment du type de pêche (mono-espèce ou multi-espèces), les pertes maté- rielles post-capture (à savoir les quantités de poissons soustraites à la consommation humaine) sont habituellement de faible niveau, se situant aux alentours de 5 % de la production totale (DieiOuadi, 2007). Le déclassement de poissons pour cause d’avarie porte sur de grandes quantités, qui représenteraient jusqu’à 10 % des pri- ses, voire davantage. Ainsi, la quantité de poissons perdue du fait des rejets, des pertes post-capture et des avaries serait de l’ordre de 40 % des débarquements (DieiOuadi, 2007).
Il existe aussi de réelles possibilités d’utiliser les déchets ali- mentaires encore inexploitées comme source de fourrages pour la production agricole (figures 11 et 12).
Aliments consommés Aliments perdus Fruits et Lait liquide
Fruits et légumes transformés
Viande, volaille e poisson
Produits céréaliers Edulcorants Huiles et matières grasses
Autres aliments (y compris les œufs et divers produits laitiers)
05 10 15 20 25 Aliments consommés/perdus (en millions de tonnes)
Figure 11. Pertes alimentaires par type de produit (source : Kan- tor et coll., 1999).
29 légumes frais
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