Augmenter les disponibilités alimentaires par la réduction des pertes
Il est sans doute prudent de procéder à une évaluation rigou- reuse des processus de production et de distribution ainsi que des régimes de consommation pour déterminer l’efficacité énergétique alimentaire et l’offre alimentaire potentielle, plutôt que d’augmenter simplement la production d’aliments, sans aucune base relationnelle. Les efforts déployés pour pouvoir mettre sur le marché international des aliments d’excellente qualité se révèlent souvent peu profitables du fait des déperdi- tions de produits. Aux Etats-Unis d’Amérique et au Royaume- Uni, ces pertes atteignent 30 à 40 % des quantités d’aliments produites, traitées, transportées, vendues et emportées par les consommateurs (Vidal, 2005). Il faudra, pour satisfaire la demande alimentaire mondiale sur une base durable, prévoir des mesures telles que l’amélioration des performances des superficies et processus de production existants, la conversion de déchets alimentaires en aliments pour animaux et la restau- ration des écosystèmes sur lesquels repose notre capacité de nous nourrir.
Ces pertes alimentaires sont aussi des pertes d’eau, puisque de grandes quantités d’eau sont utilisées pour produire les aliments perdus. Il est établi que les niveaux les plus élevés des pertes de produits agricoles et alimentaires surviennent entre l’exploitation et le marché dans les pays en développement, tandis que les ni- veaux de gaspillage alimentaire (apport calorique excédentaire et obésité) les plus élevés sont enregistrés dans les pays industria- lisés. La disparition ou la diminution d’autres services essentiels des écosystèmes (tels que le maintien de la structure et de la fertilité des sols, de la biodiversité et notamment des espèces pollinisatrices ainsi que de la diversité génétique nécessaire aux améliorations agricoles futures) et les émissions de gaz à effet de serre (notamment de méthane) par décomposition de rejets ali- mentaires ont une incidence notable sur la viabilité à long terme de l’activité agricole à l’échelle mondiale.
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Ainsi, le gaspillage d’aliments est non seulement une utilisation inefficace des services écosystèmiques et des ressources tirées des combustibles fossiles qui permettent de les produire, mais en plus un facteur qui contribue largement au réchauffement de la planète après la mise en décharge. Aux Etats-Unis, les déchets organiques occupent la deuxième place parmi les catégories de déchets présentes dans les décharges, celles-ci étant la princi- pale source d’émissions de méthane. Au Royaume-Uni, les pro- cessus digestifs des animaux et le fumier émettent près de 40 % du méthane libéré dans l’ensemble du pays (Bloom, 2007). La contribution de l’agriculture aux changements climatiques doit par conséquent être prise en compte dans l’appel à l’augmenta- tion de la production alimentaire dans le monde.
Considérés ensemble, les pertes post-récolte et le gaspillage alimentaire requièrent une action concertée pour intensifier la sensibilisation aux conséquences environnementales de l’utili- sation inefficace des ressources naturelles. Il importe d’encou- rager une nouvelle perception des déchets, non plus comme un fardeau dont il faut se débarrasser, mais plutôt comme un produit ayant une valeur économique et représentant une source d’énergie renouvelable dans le secteur des industries agroalimentaires. Les pouvoirs publics pourraient fournir un appui et adopter des politiques propres à accroître la sensibi- lisation, les innovations techniques et le transfert de technolo- gies, ainsi que la vulgarisation agricole en milieu paysan et des mesures visant à soutenir la gestion et le recyclage des déchets agricoles et alimentaires en vue de les réutiliser dans l’alimen- tation des animaux. Ces mesures pourraient s’accompagner d’autres actions gouvernementales destinées à valoriser les services écosystémiques de manière à répondre aussi aux exi- gences écologiques, par exemple, en créant un parc aquatique naturel doté d’une réserve d’eau suffisante pour assurer son bon fonctionnement.
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