IMPACTS DE L’INTENSIFICATION SUR LES TERRES CULTIVÉES
Le recours à l’aménagement intensif pour accroître la produc- tion agricole – grâce à l’irrigation et l’application d’engrais et de pesticides – peut réduire davantage le potentiel faunique et floristique des terres en culture. De 1961 à 1999, la superficie des terres irriguées a quasiment doublé, l’utilisation d’engrais a augmenté de 638 % pour les engrais azotés et de 203 % pour les engrais phosphatés, tandis que la production de pesticides s’est accrue de 854 % (Green et coll., 2005). Cette intensifica- tion a eu des effets directs considérables sur la biodiversité, no- tamment sur les oiseaux champêtres (figure 28) et les espèces aquatiques. L’utilisation d’engrais sur une grande échelle, dou- blée de la fragmentation d’habitats et de la perte de propriétés essentielles des habitats champêtres, contribue elle aussi à ré- duire le nombre d’espèces florales, la diversité végétale, la di- versité biologique des insectes et, par ricochet, le taux de survie des oiseaux champêtres et particulièrement des oisillons qui se nourrissent essentiellement d’insectes durant leurs premières semaines ou leurs premiers mois d’existence (voir l’encadré).
Les écosystèmes aquatiques subissent eux aussi les effets éten- dus de la production alimentaire dans les zones terrestres, du fait de l’apport accru de nutriments (Seitzinger et Lee, 2008) dû au ruissellement des terres agropastorales et à la modifi- cation du débit des cours d’eau. Il s’ensuit une altération de
74
la qualité de l’eau (Mitchell et coll., 2005) se manifestant par une eutrophisation intense accompagnée d’efflorescences alga- les et de déficits d’oxygène qui pourraient, s’ils atteignent des niveaux extrêmes, engendrer des zones mortes (PNUE, 2001; 2008). Dans le nord-ouest du golfe du Mexique, les apports de nutriments provenant essentiellement de l’utilisation d’engrais dans le bassin du Mississippi ont créé la plus grande zone hy- poxique ou « morte » du monde (Turner et Rabalais 1991; Ra- balais et coll., 1999; PNUE, 2008). A moins que des initiatives ne soient envisagées pour réduire les concentrations d’azote, certaines zones marines connaîtront un phénomène croissant d’hypoxie et de prolifération d’algues nuisibles qui aura pour effet de dégrader davantage la biomasse et la biodiversité mari- nes (Sherman et Hempel, 2008; PNUE, 2008).
Dans certaines régions, la réduction de l’écoulement des cours d’eau vers les zones côtières du fait de dérivations d’eau pour l’irrigation et à d’autres fins a des effets sévères sur les habitats côtiers et les espèces tributaires des ressources estuariennes. Par exemple, la construction d’un barrage sur le fleuve Colo- rado a complètement transformé ce qui était précédemment un système estuarien en une zone fortement salinisée, rédui- sant ainsi les lieux d’alevinage essentiels de certaines espèces d’importance commerciale, dont les crevettes (Aragón-Noriega
Previous Page