SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES
Les écosystèmes sont considérés comme le système d’entretien de la vie sur Terre – aussi bien pour les êtres humains que pour toutes les autres formes de vie qu’abrite la planète (EM, rapport de synthèse sur la santé, 2005). Considérés comme « gratuits », les services écosystémiques, à savoir les avantages que les êtres humains tirent des écosystèmes, sont souvent invisibles et ne sont par conséquent pas intégrés à la prise de décision. Le présent chapitre traite du rôle des diverses espèces vivantes – la biodiversité – dans la production alimentaire, en mettant l’accent sur la pêche en mer et l’agriculture, qui fournissent la majeure partie des aliments produits dans monde.
L’agriculture (productions animales et végétales confondues) nécessite la présence d’un large spectre de facteurs pour as- surer une productivité optimale. Ces facteurs sont générés par des composants et processus écologiques naturels, mais aussi par le biais d’améliorations artificielles.
La disponibilité de ressources pour l’agriculture dépend en grande partie des écosystèmes naturels et de la biodiversité, et particulièrement de ressources végétales telles que les forêts pour ce qui est de la régulation du débit. Cet aspect est très im- portant pour la fiabilité de l’apport d’eau aux zones de culture, par exemple, par la rétention d’eau dans les terres humides et les forêts, qui contribue à amortir les effets tant des sécheresses que des crues (Bruijnzeel, 2004; PNUE, 2005). Actuellement, 75 % des réserves d’eaux douces proviennent de bassins de ré- ception boisés (Fischlin et coll., 2007), ce qui explique les liens
inextricables qui existent entre les ressources en eau et les fo- rêts. Ces écosystèmes ont également pour rôle de tamponner les variations du climat (Nepstad et coll., 2007).
La diversité génétique intervient de façon déterminante dans l’augmentation et le maintien à long terme de la production alimentaire et de la diversité nutritionnelle. Divers micro-or- ganismes utiles à la biodiversité du sol assurent des fonctions essentielles qui régulent l’écosystème du sol, notamment la dé- composition des détritus et le renouvellement de nutriments tels que l’azote. La rotation des cultures ou l’agroforesterie accroît la stabilité des rendements et la fertilité du sol; les prairies et les systèmes agropastoraux tendent à être plus durables parce qu’ils offrent la possibilité de diversifier les rotations. La biodiversité peut créer des conditions propres à inhiber le développement des parasites et à renforcer la résistance des systèmes agricoles aux attaques d’espèces nocives. Le rôle des pollinisateurs est es- sentiel pour la production d’un grand nombre de cultures (cé- réalières, potagères, fourragères, etc.), de même qu’il contribue à l’amélioration qualitative des cultures fruitières et des plantes à fibres; ce service est assuré par une multiplicité d’espèces pol- linisatrices, issues pour la plupart de la biodiversité sauvage.
La lutte antiparasitaire est un autre service écosystémique essen- tiel qui est sous-tendu par la biodiversité. Elle dépend dans une large mesure de l’abondance d’ennemis naturels des espèces de parasites visées. L’efficacité de la lutte est fonction de la diversité des ennemis naturels des parasites et l’existence d’habitats non végétaux est une condition essentielle pour la présence et la sur- vie de ces agents de lutte biologique (prédateurs, parasitoïdes, etc.) (Zhang et coll., 2007). La diversité ou la complexité du paysage et la proximité d’habitats semi-naturels tendent à favoriser l’abon- dance et la richesse spécifique des ennemis naturels (Bianchi et coll., 2006; Kremen et Chaplin-Kramer, 2007; Tscharntke et coll., 2007; Balmford et coll., 2008). Ainsi, la principale menace qui pèse sur la lutte biologique considérée comme service écosysté- mique semble être la perte et la dégradation d’habitat, qui sont maintenant exacerbées par les effets potentiellement perturba- teurs du changement climatique. En effet, selon Balmford et coll. (2008), il y a une probabilité moyenne ou élevée que le processus de lutte biologique atteigne des seuils critiques dans un avenir prévisible (d’ici à 2025), particulièrement dans les régions soumi- ses à une pratique poussée de l’agriculture intensive.
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