ENQUÊTE High Tech
d’ordre doit se préoccuper de toute la chaîne et s’assurer de rapports de Supply Chain solides avec ses sous-traitants, même s’ils ne sont pas de rang N-1 .
SCMag : Quel est l’avenir de la filière électronique française, plutôt spécialisée sur le marché professionnel (automobile, aéronautique, télécom, médical, etc.) ? B.B. : Il reste en France une forte indus- trie aéronautique, militaire, transport, sécurité, télécom et médicale. Ce sont tous des secteurs professionnels qui sont liés à l’électronique. Nous pensons que dans la phase de pré-industrialisation et de début de vie d’un produit, nous avons une chance de participer à la bataille, même si les salaires sont plus élevés qu’en Asie. Parce que la valeur ajoutée est maximale dans cette phase, alors qu’elle décroît quand vous passez à une production en gros volumes, là où tout le monde se bat sur le prix. Notre chance dans l’industrie, c’est d’être capables de se réinventer, de constam- ment créer une nouvelle vague. Ceux qui résistent ne feront que ça à l’avenir. Mais pour en être capable, il faut avoir en face de vous un acheteur qui ait envie de réfléchir avec vous, de vous donner votre chance. Il y a des ache- teurs qui dès les premiers instants du démarrage du produit cherchent tout de suite le partenaire le moins cher, qui est généralement aussi le plus loin, sans même donner le temps à leurs fournis- seurs de proximité d’avancer sur le pro- duit, d’amortir les investissements, de
s’équiper, bref de rester des réinventeurs. Au-delà de cela, cette logique court terme se prive des innovations qu’un bon partenariat peut faire émerger. Je pense aussi qu’acheter beaucoup plus loin de chez soi est prendre un certain nombre de risques, par rapport à des événements inattendus, naturels ou politiques, qui peuvent arriver et qui devraient être pris en compte dans le coût achats.
SCMag : Les acheteurs des grands donneurs d’ordre interviewés pour cet ouvrage ne sont-ils pas conscients de cela ? B.B. : Si, je pense que les entreprises sont en train de se poser de plus en plus de questions et qu’elles sont en marche. Mais aujourd’hui, s’il survient un incident politique, écologique, cli- matique avec un pays lointain, les frais qui en découlent sur votre Supply Chain ne sont pas affectés aux achats, cela a pu se voir très récemment aussi bien au Japon qu’en Thaïlande. Ni les surstocks qui restent sur les bras quand une grosse commande est annulée par un client en raison d’un dépassement de délais. Il y a une responsabilité glo- bale du coût, mais la taille des entre- prises fait que cette responsabilité se dilue. Cela mène à un raisonnement qui, au final, n’est plus du tout ration- nel, qui est à la fois destructeur pour toute la Supply Chain, mais aussi des- tructeur de potentialités. Ce que nous prônons, c’est une gestion intelligente et globale du risque, rien de plus.
SCMag : Au-delà du constat, quels sont les leviers pour inverser cette tendance ? B.B. : Premièrement, il faut que le tissu industriel français se consolide car beaucoup de nos PME n’ont pas les tailles critiques. Le frein principal, ce sont les seuils sociaux qui ont d’excel- lentes raisons d’exister mais ont été mis trop bas : au-dessus de 50 personnes, vous avez davantage d’obligations, et la transition de 49 à 50 coûte environ 1,5 % de la valeur de votre CA. Il est évident qu’il faut passer les seuils de 50 à 75 pour rendre digeste le saut de seuils. Nous avons en France une multitude d’entreprises de 40 à 45 personnes et nous sommes choqués que salariés et dirigeants ne défendent pas une mesure (passage de 50 à 75) qui apporterait beaucoup pour l’emploi. Autre sujet, les patrons de PME françaises n’aiment pas l’idée de s’associer à quelqu’un d’autre. Il y a tout un paysage qui doit bouger et j’espère que les idées que nous exposons vont aider à la prise de conscience. Je conclurai par la phrase d’Arnold Toynbee, spécialiste des civilisations que nous citions dans l’ouvrage : « Quand une civilisation arrive à relever des défis, elle croît. Sinon elle décline. Les civili- sations meurent par suicide, non par meurtre ». Notre philosophie n’est pas de dire que c’est en Asie que l’on tue notre industrie, mais c’est notre manière de ne pas réagir suffisamment. ■ PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-LUC ROGNON
42 N°63 ■ SUPPLY CHAIN MAGAZINE - AVRIL 2012
©JL ROGNON
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