Fenêtres sur le monde DANIEL SCHWANEN
Le travail n’est pas voué à disparaître
E
N OCTOBRE 1994 a été lancé le World Wide Web Consortium, chargé d’établir des normes pour l’utilisa- tion du Web. Les médias venaient d’apprendre l’exis-
tence de ce dernier, et son utilisation se répandait à la vitesse de l’éclair au sein d’un groupe restreint mais croissant de scienti- fiques, de fonctionnaires et de personnes en entreprise ayant accès à Internet. L’année suivante, l’ouvrage The End of Work (La fin du travail),
de l’économiste Jeremy Rifkin, a capté l’attention du public. L’auteur y prédisait que la diffusion des technologies de l’infor- mation scinderait les travailleurs en deux groupes : d’une part, l’élite d’experts ou de fournisseurs de services « manipulateurs d’information », et, d’autre part, la masse de ceux dont les com- pétences auraient une moindre valeur selon le nouveau para- digme. Cela entraînerait un chômage technologique, une inéga- lité salariale et un rétrécissement de la classe moyenne. De nombreuses tâches ont certes été rendues obsolètes par
les applications d’Internet, et beaucoup d’autres le deviendront. Les ventes au détail et les médias, par exemple, ont été transfor- més à jamais par la capacité des consommateurs d’effectuer en quelques clics un choix parmi la plus large gamme de biens et d’informations qui ait jamais existé. Les administrations, les compagnies d’assurance, les
banques et les autres grands fournisseurs de services ont délégué à Internet bon nombre de services auparavant offerts en personne ou au téléphone. L’infonuagique prime de plus en plus. Les plateformes Internet elles-mêmes concurrencent les entreprises de nom- breux secteurs d'activité en offrant des services aux consomma- teurs ou en facilitant le démarrage d’entreprises grâce au finan- cement participatif. Il est probable que les véhicules n’auront plus besoin de
chauffeurs un jour et que l’impression 3D, facilitée par Internet, réduira le besoin de travailleurs à la chaîne traditionnels. Les universités devront peut-être délaisser leurs modèles
d’enseignement classiques à forte main-d’œuvre au profit de modèles d’enseignement en ligne axé sur les étudiants. Cette évolution entraînera la suppression de nombreux emplois à l’échelle mondiale dans les deux prochaines décennies. Les consommateurs, les entrepreneurs et les entreprises réa-
liseront sans aucun doute des économies, mais beaucoup se demandent s’il y aura assez d’emplois vu la réduction du besoin de main-d’œuvre attribuable aux percées technologiques. Ne craignez rien.
22 | CPA MAGAZINE OCTOBRE 2014
Malgré le danger d’utilisation abusive qui guette toute tech- nologie, l’histoire démontre que les technologies transforma- trices améliorent grandement la condition humaine au fil du temps, notamment par la création d’emplois que personne n’aurait auparavant imaginés. Il est important que les gouvernements facilitent la transition
au lieu de l’entraver, et qu’ils évitent de faire obstacle à la créa- tion de nouveaux emplois en forçant la société à conserver les anciens emplois par des subventions, des règlements ou le pro- tectionnisme. C’est en effet ce que nous enseignent les dures réalités économiques.
L'histoire démontre que les technologies transformatrices améliorent grandement la condition humaine au fil du temps.
Ainsi, Christopher Pissarides, lauréat du prix Nobel d’écono-
mie, a souligné que l’Europe est généralement à la traîne en ce qui concerne les services interentreprises – qui sont en plein essor – en raison des obstacles au démarrage d’entreprises et du coût élevé de la main-d’œuvre européenne dû à la bureaucratie. Par contre, elle est chef de file en ce qui a trait aux entreprises comme IKEA dont le modèle implique une importante partici- pation des consommateurs. Les pays qui obligent leurs entreprises et leurs citoyens à
conserver des méthodes de travail dépassées se trouvent inva- riablement perdants au bout du compte, car ils peinent à attirer les investisseurs. Le monde participe à une odyssée technolo- gique, et ce sont ceux qui profitent des possibilités offertes qui s’en sortiront le mieux.
DANIEL SCHWANEN est vice-président, Recherche, à l’Institut C.D. Howe.
Jaime Hogge
Page 1 |
Page 2 |
Page 3 |
Page 4 |
Page 5 |
Page 6 |
Page 7 |
Page 8 |
Page 9 |
Page 10 |
Page 11 |
Page 12 |
Page 13 |
Page 14 |
Page 15 |
Page 16 |
Page 17 |
Page 18 |
Page 19 |
Page 20 |
Page 21 |
Page 22 |
Page 23 |
Page 24 |
Page 25 |
Page 26 |
Page 27 |
Page 28 |
Page 29 |
Page 30 |
Page 31 |
Page 32 |
Page 33 |
Page 34 |
Page 35 |
Page 36 |
Page 37 |
Page 38 |
Page 39 |
Page 40 |
Page 41 |
Page 42 |
Page 43 |
Page 44 |
Page 45 |
Page 46 |
Page 47 |
Page 48 |
Page 49 |
Page 50 |
Page 51 |
Page 52 |
Page 53 |
Page 54 |
Page 55 |
Page 56 |
Page 57 |
Page 58 |
Page 59 |
Page 60 |
Page 61 |
Page 62