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Au travail


dans un petit cabinet comptable très dynamique de Peterborough, en Ontario, elle offre des services-conseils en finance à titre de consultante. De plus, elle fait du bénévolat et est membre de plusieurs conseils d’admi- nistration d’organismes locaux, dont la Chambre de commerce et la Société d’aide au développement des collectivi- tés. Mme James, qui dit avoir été une « enfant paresseuse », ne s’étonne pas que ses fils la voient comme une ergomane. « Cela ne m’insulte pas, car je suis fière de travailler fort. » Il convient ici de préciser ce qu’on entend par ergomanie ou obsession du travail. Contrairement à une opinion assez répandue, travailler fort en étant assidu, motivé et productif ne signifie pas que l’on est ergomane. Un ergo- mane est un obsédé du travail, qui ne ménage aucune place dans sa vie pour les loisirs avec la famille et les amis, les passe-temps ou la détente. Laura Hambley, psychologue organisa- tionnelle et consultante à Calgary, décrit l’ergomanie comme une dépendance qui diffère du tabagisme, de l’alcoo- lisme ou du jeu compulsif en ce sens que les organisations ont malheureuse- ment tendance à la récompenser au lieu de la décourager. « Mais comme toute dépendance, l’ergomanie nuit à des aspects clés de la vie des gens », soutient Mme Hambley. Bien que le problème de l’ergomanie soit beaucoup plus grave dans des pays comme le Japon, la Chine et les États-Unis, le Canada ne se classe pas loin derrière. Selon la dernière Enquête sociale générale (2010) de Statistique Canada (la prochaine sera réalisée cette année), un quart des adultes canadiens se décrivent comme des bourreaux de travail, dont 31 % des 35-44 ans et 28 % des 45-55 ans. En outre, 36 % des adultes se préoccupent de ne pas passer assez de temps avec leur famille et leurs amis, 29 % estiment manquer de temps pour s’amuser, et 34 % se disent


18 | CPA MAGAZINE | MAI 2015


Êtes-vous ergomane?


Voici quelques indices d’une possible obsession du travail :


• Incapacité de maintenir une frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle.


• Refus de déléguer.


• Sentiment d’identité et d’estime de soi directement lié au travail.


• Incapacité de se détendre en dehors du travail.


• Prolongation de l’horaire de travail afin d’atténuer les sentiments d’anxiété ou de dépression.


• Prépondérance du travail sur tout autre aspect de la vie.


• Problèmes de santé liés au travail.


constamment tendus parce qu’ils n’arrivent pas à accomplir tout ce qu’ils voudraient. Bien sûr, l’obsession du travail est


plus répandue dans certains secteurs, dont la finance. « Elle touche des gens qui ont un esprit compétitif et un besoin impérieux de réaliser des choses. Ce sont des gens assidus, consciencieux et parfois perfectionnistes, explique Mme Hambley. Le soir, s’ils ne restent pas tard au bureau, ils sont à la maison devant leur ordinateur. » Ces gens consacrent trop de temps et d’énergie à leur travail, et entretiennent un lien affectif trop fort avec celui-ci. Or, leurs supérieurs n’y voient pas grand-chose de mal et sont plutôt portés à les féliciter, et même à les récompenser financièrement. Certains patrons s’empressent de faire l’éloge de ces employés qui répondent aux courriels le week-end et ne prennent pas de congés. « Les ergomanes ont le sentiment de réaliser des choses. Pour eux, chaque nouvel objectif atteint est une victoire », souligne Mme Hambley. Outre le karoshi, d’autres risques graves se


posent pour les employés et les employeurs lorsque le travail envahit l’existence au point d’exclure toute possibilité de loisir. « L’obsession du travail tend à causer une dégradation des relations avec l’entourage, et mène parfois à des divorces, dit Mme Hambley. De plus, les incidences sur la santé sont importantes, mais elles ne se mani- festent qu’avec le temps. Par exemple, des problèmes chroniques peuvent apparaître chez les gens qui, parce qu’ils travaillent au bureau tard le soir, perdent leurs bonnes habitudes alimentaires et ne font plus d’exercice. » Ces problèmes se répercutent inévita- blement sur la productivité et l’absen- téisme. Les organisations notent une hausse du nombre de demandes d’indemnités d’invalidité liées au stress, ce qui témoigne du risque accru que courent les employeurs qui cautionnent l’excès de travail. « Parfois la culture organisationnelle — par exemple, celle des grands cabinets d’avocats — a tendance à récompenser les obsédés du travail, et à voir d’un mauvais œil les gens réticents à faire des heures supplémentaires, dit Mme Hambley. Dans d’autres cas, la culture valorise l’équilibre, et ce sont alors les ergo- manes qui sont mal vus. » Gwyneth James quant à elle, et malgré ce qu’en disent ses enfants, estime ne pas correspondre au profil de l’ergomane. Chaque semaine, en plus d’aller trois fois au gym et de jouer au curling, elle se réserve des moments de détente en famille et entre amis. « J’admets me sentir coupable lorsque je m’absente du bureau malgré les dossiers qui s’accumulent et les clients qui comptent sur moi. Mais il y a un coût à trop travailler. À certaines périodes, j’aurais aimé voir mes enfants plus souvent. » Elle dit avoir maintenant trouvé l’équilibre qui lui convient. « Le désir de réussir doit être géré prudemment. Sinon, il en vient à dominer notre vie. » — Lisa van de Geyn


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