L’ÉCUEIL DE L’ALIMENTATION
Près de 40 % de la production aquicole totale dépend désor- mais directement de l’utilisation d’aliments commerciaux. La plupart des poissons d’élevage consommés dans les pays en développement, notamment la carpe et le tilapia, sont herbivo- res ou omnivores. Mais d’autres espèces comme le saumon ou les crevettes – souvent élevées dans les pays en développement – sont nourries avec d’autres poissons sous forme de farine ou d’huile. L’élevage de saumons, de crevettes et de truites ab- sorbe à elle seule près de 50 % de toute la farine de poisson destinée à l’aquiculture, alors qu’il représente moins de 10 % de la production aquicole totale (Deutsch et coll., 2007). En 2006, l’aquiculture a consommé 3,06 millions de tonnes de farine de poisson représentant 56 % de la production mon- diale, et 780,000 tonnes d’huile de poisson, soit 87 % de la production mondiale. Les élevages de saumon consomment plus de la moitié de l’huile de poisson utilisée dans le secteur. La production de farine et d’huile de poisson est demeurée stationnaire durant les dix dernières années et, selon la FAO, aucune augmentation n’est prévue à l’heure actuelle. Parallè- lement, le volume de farine et d’huile de poisson utilisé dans les aliments aquicoles composés a triplé entre 1996 et 2006, ce qui a pu se faire grâce à une réduction sensible de la dépen- dance à l’égard de la farine de poisson pour l’alimentation des volailles dans le secteur avicole. De plus en plus d’aliments composés étant utilisés pour nourrir des poissons omnivores
non filtreurs comme les carpes, la demande de farine de pois- son ne fait que s’accroître.
Pour ce qui est de la production de viande, l’alimentation du bétail est un véritable goulet d’étranglement. Il est extrême- ment difficile de faire des projections sur les apports futurs de la pêche et de l’aquiculture, mais il est évident que l’essor de la production aquicole pourrait être limité par le niveau d’accès aux aliments pour poissons qui, à son tour, dépend en partie des pêches de capture. A l’heure actuelle, on ne peut détermi- ner si les pêches maritimes seraient en mesure de fournir les 23 % de débarquements supplémentaires qui permettraient d’accroître la production aquicole de 56 % afin de maintenir la consommation de poisson par personne aux niveaux actuels. Les tendances et les projections en matière de surpêche et de dégradation marine sont à tel point préoccupantes qu’un ef- fondrement futur des pêches maritimes aurait une incidence immédiate sur l’aquiculture et les prix des produits aquicoles. Même dans l’hypothèse du maintien des débarquements de poissons à leurs niveaux actuels, la proportion de poisson dans le régime alimentaire pourrait tomber de son niveau actuel cor- respondant à 2 % de l’apport calorique mondial chez les êtres humains à 1,5 % à l’horizon 2030, puis à 1 % vers 2050. Cette diminution devra être compensée par la production de viande ou de cultures vivrières.
FOURCHETTES DE VARIATION DES IMPACTS SUR LES SUPERFICIES ET LES RENDEMENTS
Les effets combinés des baisses de rendement et de la dimi- nution des superficies affectées à la production alimentaire devront être compensés par de nouvelles augmentations de rendement, par l’expansion des terres cultivables ou par une amélioration de l’efficacité énergétique alimentaire.
L’étendue des effets de chacun des facteurs sur la production alimentaire devrait varier considérablement d’une région à l’autre. Cela s’applique probablement aussi aux réponses socio- économiques possibles, y compris aux changements d’orienta- tion, ainsi qu’aux mesures individuelles et aux facteurs d’inci-
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tation au changement au niveau de l’agriculture. Il en est de même de la capacité financière et institutionnelle du pays, de la région et de chaque exploitation quant à la gestion d’agents stressants de plus en plus nombreux.
L’étendue des effets d’interaction et des impacts synergétiques ou cumulés n’étant pas connue, il conviendrait d’interpréter les projections avec prudence, de manière à aboutir essentiel- lement à une évaluation des risques et une indication de l’am- pleur et de la pertinence éventuelles de la dégradation environ- nementale, pour les besoins de l’offre alimentaire future.
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