RESUME
Après une tendance à la baisse qui a duré une bonne centaine d’années, les prix des produits alimen- taires ont connu ces dernières années une envolée sans précédent au cours du siècle écoulé, tant par son ampleur et sa durée que par le nombre de groupes de produits dont les prix ont augmenté. Ce phé- nomène a déclenché une crise qui a engendré une hausse de 50 à 200 % des prix de certains produits de base, plongé 110 millions de personnes dans la pauvreté et gonflé le nombre des sous-alimentés de quelque 44 millions d’individus. Le renchérissement des produits alimentaires a eu de graves consé- quences sur la vie et les moyens de subsistance – y compris l’accroissement de la mortalité néonatale et infantile – de ceux qui étaient déjà sous-alimentés ou qui vivaient dans la pauvreté et consacraient 70 à 80 % de leur revenu journalier à l’alimentation.
La crise alimentaire actuelle est due principalement aux effets conjugués de la gestion spéculative des stocks alimentaires, des phénomènes météorologiques extrêmes, de la flambée des prix pétroliers ainsi que de la production accrue de biocombusti- bles qui absorbe une part considérable des terres cultivables. Malgré la dégringolade des prix après le maximum atteint en juillet 2008, leurs niveaux demeurent de loin supérieurs à ceux de 2004, pour certains des principaux produits. Les tensions sous-jacentes entre l’offre et la demande sont toujours aussi fortes qu’au moment où, il y a à peine quelques mois, ces prix avoisinaient des niveaux record absolus.
La demande de produits alimentaires suivra une courbe ascen- dante jusque vers 2050, du fait du gonflement de la population qui s’accroîtra de 2,7 milliards de nouvelles bouches à nourrir, ainsi que de l’augmentation des revenus et de la consommation accrue de produits carnés. La production alimentaire mondiale a crû de manière appréciable au cours du siècle écoulé, notam- ment en raison des accroissements de rendement favorisés par l’irrigation et l’utilisation d’engrais, ainsi que de l’extension de l’activité agricole vers des terres nouvelles, sans aucune consi- dération de l’efficacité énergétique alimentaire. Cependant, au cours des 10 dernières années, les rendements se sont prati- quement stabilisés pour ce qui est des céréales, alors qu’ils ont diminué en ce qui concerne les ressources halieutiques. La production aquicole requise ne serait-ce que pour maintenir la proportion actuelle de poissons dans le régime alimentaire d’ici à 2050 nécessitera une augmentation de 56 %, ainsi que de nouvelles solutions de remplacement des espèces de poissons sauvages dans l’alimentation des espèces aquicoles.
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Le manque d’investissements dans le développement agricole a joué un rôle essentiel dans ce nivellement des rendements. Il n’est pas certain que des augmentations de rendement pourront être réalisées à un rythme correspondant à celui de la croissance de la demande alimentaire. Qui plus est, les projections actuel- les, qui requièrent une augmentation de 50 % de la production alimentaire d’ici à 2050 pour parvenir à satisfaire la demande, n’ont pas pris en compte les pertes de rendement et de superfi- cies productives dues à la dégradation de l’environnement.
Le milieu naturel englobe tous les éléments de base nécessai- res à la production alimentaire, qu’il s’agisse de l’eau, des nutri- ments, des sols, du climat, des conditions météorologiques ou des insectes qui pollinisent les plantes et contrôlent les infesta- tions de parasites. La dégradation des sols, l’expansion urbaine et la conversion de cultures alimentaires et de terres cultivables en moyens de production de cultures non alimentaires telles que les biocombustibles pourraient réduire les superficies ara- bles requises de 8 à 20 % d’ici à 2050, si des mécanismes de compensation appropriés ne sont pas mis en place. En outre, les effets des changements climatiques se manifesteront de plus en plus d’ici à 2050, avec le risque de provoquer la fonte de pans entiers des glaciers de l’Himalaya, de perturber le ré- gime des moussons, ainsi que d’engendrer de fréquentes inon- dations et sécheresses saisonnières dans les terres agricoles irriguées d’Asie, qui assurent 25 % de la production céréalière mondiale. Les effets conjugués du changement climatique, de la dégradation des sols, des pertes de superficies cultivables, des pénuries d’eau et des infestations de parasites pourraient entraîner un déficit de production de l’ordre de 5 à 25 % par rap-
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