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enue très tendue, les établissements humains permanents sont de plus en plus nombreux et les gorilles sont davantage susceptibles d’être exterminés par les agriculteurs défendant leurs cultures. Ce risque est particulièrement important pour les gorilles de Cross River pendant la saison sèche (de novembre à mars à Okwango, parc national de Cross River, Nigeria) lorsqu’ils sortent des forêts pour se nourrir de banane et de plantain (Norberg, 2009) et pour les gorilles occidentaux de plaine en Bas-Congo, RDC, aussi durant la saison sèche (de mai à octobre dans cette région), lorsqu’ils four- ragent dans les champs situés en lisière de forêt (Redmond, 2006).


LA CHASSE SPORTIVE


La première description scientifique d’un gorille eut lieu en 1847, et déclencha un vif intérêt dans le public. Cet intérêt fut encore avivé par les récits de chasse aux gorilles de Paul du Chaillu en 1861. Ces récits ainsi que « Les chasseurs de gorilles » (un livre pour enfants de Ballantyne, 1861) firent du gorille le trophée de chasse le plus convoité des chasseurs sportifs fortunés et des natu- ralistes d’Europe et d’Amérique du Nord. Tout au long du siècle suivant, des centaines de spécimens furent amassés par des aven- turiers, des scientifiques et des aristocrates, que ce soit pour des raisons scientifiques ou pour prouver leur courage face à un mâle adulte (dos argenté) en pleine charge. En 1921, par exemple, le prince Guillaume de Suède mena une expédition dans la région des volcans des Virunga pendant laquelle 14 gorilles furent tués. Quant à Fred Merfield, un homme d’origine anglaise vivant au Cameroun dans les années 1930, il tua 115 gorilles occidentaux de plaine en cinq ans.


La plupart des gens pensent que c’est un phénomène historique, mais il existe apparemment encore quelques chasseurs de trophées recherchant le plaisir d’abattre un gorille. Ainsi, en 1996, un jour- naliste d’investigation britannique du nom de Roger Cook révéla comment certains chasseurs professionnels basés sur la Costa del Sol en Espagne, offraient l’organisation de chasse aux gorilles au Cameroun : « Le visage intolérable de la chasse au gros gibier… des hommes moyens et sans scrupule… comme José Iglesias et Luiz Gomez, qui sous couvert de sport, vous arrangent en fait, contre une somme d’argent substantielle, la chasse que vous voulez, de la manière que vous souhaitez, où que se soit dans le monde et peu importe que l’espèce soit menacée. Après quelques minutes de discussion avec M. Gomez, l’équipe de Cook se voyait offrir une chasse illégale de gorilles, de tigres et de jaguars (de Bergh, 2000) ». Le prix comprenait le passage du trophée en contrebande jusqu’au Nigeria, d’où il serait expédié au domicile du chasseur.


Les 34 millions de personnes vivant dans les forêts d’Afrique cen- trale consomment approximativement 1,1 million de tonnes de vi- ande de brousse par an – l’équivalent de quatre millions de têtes de bétail – ce qui équivaut aux taux de consommation de viande en Europe et en Amérique du Nord (BCTF, 2000c). En Afrique de l’Ouest, la population est encore plus dense et la chasse a été ici si vaste qu’une dépendance alimentaire s’est fait jour vis-à-vis des rongeurs, le seul groupe encore abondant (BCTF, 2004). Actuelle- ment, le taux de croissance annuelle de la population d’Afrique de l’Ouest est de 2,6%. Mais avec l’accroissement la population d’un côté et le déclin des zones forestières de l’autre, les pressions et les demandes sur la faune sauvage excéderont certainement ce taux (Barnes, 2002).


Ape Alliance/WSPA, 2006.


Selon des sources fiables, de telles demandes ont toujours cours aujourd’hui. Kai-Uwe Wollscheid, Directeur Général du Conseil international de la chasse et de la conservation du gibier (CIC), af- firme que « sur le segment de la chasse haut de gamme en Afrique centrale, à savoir la chasse du bongo et du sitatunga, du buffle de forêt et de l’éléphant, le marché dominant reste les Etats-Unis, mais un intérêt croissant se dessine chez les chasseurs d’origine russe. A côté des nombreux chasseurs américains souscrivant aux principes de durabilité dans le domaine de la chasse, il semble cependant qu’il y en est quelques-uns


pour qui le principal in-


térêt réside dans la quantité d’espèces amassée plutôt que dans l’expérience de la chasse en elle-même. Il n’est pas absolument pas question de chasse aux gorilles parmi les vrais chasseurs-naturali- stes. Le sujet a toutefois été abordé parmi les chasseurs américains allant au Cameroun ». S’il est troublant de voir que cet intérêt per- dure, aucun cas de gorilles tués par des chasseurs de trophées n’a été révélé ces dernières années.


LE BRACONNAGE DANS LES PARCS Les parcs nationaux rwandais de Nyungwe, Akagera et des Volcans souffrent tous les trois du braconnage, de la collecte de bambou et de la production de charbon de bois. En RDC, en pleine raréfaction de la faune sauvage en raison des excès de la chasse, les bracon- niers et chasseurs de viande de brousse pourraient avoir tendance à se tourner vers les gros rongeurs et les primates, ciblant tout d’abord les petits singes mais touchant à terme les gorilles, bono- bos et autres chimpanzés.


 Figure 13: Alors que la plupart des parcs et des forêts avoisinantes ont perdu entre 50 et 80% de leurs espèces sauvages (typique- ment les antilopes, buffles et autres mammifères ongulés), les braconniers s’attaquent de plus en plus aux primates tels que gorilles, bonobos et chimpanzés. Une partie significative de la demande provient des chasseurs de viande de brousse qui fournissent les mi- lices, les camps de réfugiés , de mineurs et de bûcherons, où vit la majorité de la main-d’œuvre. Les 34 millions de personnes vivant dans les forêts d’Afrique centrale consomment approximativement 1,1 million de tonnes de viande de brousse par an – l’équivalent de quatre millions de bestiaux – correspondant ainsi aux taux de consommation de viande en Europe et en Amérique du Nord.


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