10 le journal n˚ 128
VIE ÉTUDIANTE
Joël Dicker, l’écrivain qui a échoué pour mieux se trouver
L’auteur de La vérité sur l’affaire Harry Quebert était l’invité du «Mardi des alumni» le 7 février. Devant une salle comble, le jeune écrivain a expliqué pourquoi «le droit mène à tout», revenant sur son choix de privilégier les livres au détriment du barreau
L
a page Wikipédia de Joël Dicker dresse le portrait d’un individu à qui tout
réussit: écrivain à succès, élu «plus jeune rédacteur en chef de Suisse» par la Tribune de Ge- nève, vainqueur du prix Gon- court des lycéens et du Grand Prix du roman de l’Académie française. Le tout à 31 ans à peine! L’homme et l’écrivain ne se sont pourtant pas construits du jour au lendemain. Tous deux ont grandi au cours d’un long apprentissage parsemé de nombreuses victoires mais aussi de défaites, bien souvent d’ordre littéraire.
L’ÉCHEC VERTUEUX À la sortie des études, après
cinq années à la Faculté de droit, Joël Dicker s’est retrouvé
Pour l’auteur, l’important
est de rendre cet échec «ver- tueux», pour reprendre une expression chère à Charles Pé- pin, c’est-à-dire se l’approprier en faisant en sorte d’en retirer quelque chose. Lorsqu’il s’agit du droit, l’appropriation était impossible et son succès ne lui appartenait donc pas vraiment et, pour Joël Dicker, c’est juste- ment là que le bât blesse.
LE DROIT MÈNE À TOUT Néanmoins, il ne nie pas l’im-
face à un choix: l’École d’avo- cature ou une carrière d’écri- vain. Poursuivre, en d’autres termes, ses études, où il avait connu, sans devoir fournir trop d’efforts, un succès total ou endosser pour la énième fois le costume d’écrivain, malgré l’échec de ses entre- prises précédentes. Le nou- vellement diplômé venait en effet de tenter de publier cinq romans, essuyant à chaque fois le refus des maisons d’édition.
Ces échecs, loin de le démoti- ver, l’ont au contraire encou- ragé à poursuivre dans cette voie et à abandonner le droit: «Aujourd’hui, je suis capable d’expliquer le chemin de ces romans jusqu’à La vérité sur l’affaire Harry Quebert, mais je suis incapable d’expliquer pourquoi j’ai réussi le droit», confie-t-il. C’est bien la sen- sation d’avoir un semblant de maîtrise sur ses échecs qui va le diriger vers l’écriture.
portance de ses années d’études dans son parcours d’écrivain: «Est-ce que j’aurais pu trouver mon chemin sans le droit? Pro- bablement pas.» En effet, le droit a été un point de comparaison important qui lui a permis de s’interroger sur ce qu’il voulait réellement faire de sa vie. C’est alors qu’il s’est rendu compte de l’importance pour chacun de prendre la responsabilité de ce qu’il fait, de ses échecs comme de ses succès et de décider par soi-même. Une occasion pour l’écrivain d’épingler une société qui «bannit l’échec» et contribue à nous ôter «notre responsabilité de mener notre vie à bien». —
2 mars au 16 mars 2017
BREF, JE FAIS UNE THÈSE Bakou, ville cobaye de l’urbanisme durable
TURAL ALIYEV Doctorant en
sciences de la société Sujet de thèse:
« Réhabilitation ur-
baine des territoires industriels: envi- ronnement naturel dans le contexte de
la métropolisation de Bakou»
I
maginez une ville contaminée pendant des siècles par la pollution et marquée au fer rouge
de l’industrialisation renaître de ses cendres pour devenir le sanctuaire de l’urbanisme écologique. C’est dans cette perspective que s’inscrit ma thèse avec comme sujet d’étude Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan. Je vais en effet tenter de dégager les possibilités de réhabiliter une vaste zone post-industrielle de la ville afin de transformer ce territoire ayant subi de lourds dégâts environne- mentaux. Cette recherche se base sur le cas de la ville la plus peuplée du Caucase et de la mer Cas-
pienne comme exemple concret de l’application d’un projet d’urbanisme durable, doctrine qui, rap- pelons-le, vise à placer les enjeux écologiques au centre de la réflexion sur le développement des environnements urbains. Mon choix de porter mes recherches vers
cette zone post-industrielle s’explique par plu- sieurs raisons. D’une part, d’un point de vue histo- rique, cette friche naît au XIXe
où Bakou devient le premier centre mondial d’ex- ploitation pétrolière. Par la suite, les autorités so- viétiques ne vont avoir de cesse d’élargir le péri- mètre de la ville, délaissant la réhabilitation des quartiers existants et aggravant dans le même temps le désastre écologique. D’autre part, l’ampleur de ce territoire et son posi-
tionnement – il coupe la ville en deux – font de mon terrain de recherche un site passionnant pour tester de nouveaux outils d’aménagement et d’urbanisme. L’enjeu de mes recherches s’inscrit donc autant
dans les dimensions historiques que géographiques de la ville. Il s’agit d’identifier comment réhabiliter un territoire à grande échelle tout en mettant en place un
siècle au moment
projet d’urbanisme qui tire parti de l’histoire d’un site marqué par les traces de l’industrie lourde, par une mémoire collective relative à l’ancien bloc soviétique et par une territorialisation des politiques collectivistes. De nombreuses problématiques globales
rendent néanmoins essentielle l’utilisation d’outils écologiques et durables afin de proposer une réha- bilitation territoriale qui réponde aux besoins d’une population urbaine toujours plus importante. Ces nouveaux citadins aspireront bien évidemment à une qualité générale du cadre de vie. Ils ambitionneront d’accéder à un logement, à de la nourriture, à de l’énergie et à de l’eau potable. Il ne s’agit donc pas seulement pour les urbanistes de réhabiliter un terri- toire pollué, mais aussi de prendre en compte les multiples dynamiques de changement, tels les chan- gements climatiques, les questions environnemen- tales et les migrations internationales. —
CONCOURS «MA THÈSE EN 180 SECONDES» Assistez à l’édition 2017 qui aura lieu le mardi 28 mars à Uni Dufour à 18h
www.unige.ch/mt180
J. SPIERER
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