Vous ne pouvez certes pas évoquer tous les acteurs de ce métier de la Plaisance mais parlez nous un peu de la saga Bénéteau. Un peu en effet, car comment retracer en quelques phrases la très longue histoire que celle de Bénéteau puisque, si je ne me trompe, elle a cent trente ans d’existence. Sans remonter aussi loin, il faut se
souvenir que vers 1960 après la disparition du père d’Annette Roux, c’est elle que ses frères et sœurs plébiscitent pour prendre la direction des Chantiers Vendéens de seize personnes. Annette Roux avait alors vingt ans! Faut
il ajouter qu’elle n’avait pas « fait » HEC, ni aucune grande école mais était dotée d’une énergie et d’une intuition exceptionnelle. Epaulée par un mari à la tête d’une PME de quincaillerie, elle fait ses premiers pas de constructeur, modeste, au Salon nautique de 1965. Elle présente le premier bateau de pêche-promenade en polyester: l’Artaban. Le petit stand Bénéteau de l’époque était
situé tout en haut de la nef du CNIT. On ne jouait pas encore dans la cour des grands. Qui aurait imaginé à l’époque, pas même Annette Roux, que quelques décennies plus tard quasiment tous les grands acteurs présents cette année là dans la grande nef du CNIT auraient disparus et que la petite Annette, elle, serait un jour la grande patronne, respectée de tous, de l’empire Bénéteau avec ses six mille collaborateurs. Cette réussite qui fait bien des envieux
n’est pas due au hasard ni à la chance. Annette Roux possède un ensemble
de talents et de dons qui lui ont permis de traverser bien des tempêtes, voire des calamités, toujours avec la même fermeté, la même dignité, la même combativité et un sens exceptionnel de l’éthique donc elle ne se départira jamais. J’ai eu le grand honneur de la connaître
depuis ses débuts et de collaborer avec elle au sein de la F.I.N. pendant plus de onze années. Je peux donc, sinon mieux que personne, lui rendre, sans flagornerie aucune, l’hommage qui lui est dû et qu’elle mérite.
Et les autres grands noms, Dufour et autres? Michel Dufour était un précurseur. Il a été sans nul doute le premier constructeur « en série » de l’époque. Avant de créer son
propre chantier, il avait conçu les premiers bateaux en polyester de Mallard. Le Sylphe produit par les Chantiers Dufour a été le premier voilier entièrement contre moulé. Ce fut une réussite technique et un grand succès commercial précédent celui, non moins grand, de l’Arpège dont la renommée s’est répandue dans le monde entier. Le personnage était assez singulier, spartiate jusqu’à l’extrême ,modeste, visionnaire lui aussi et en avance sur son temps. Je crois que c’est la passion dévorante
pour son entreprise qui l’animait, qui paradoxalement a précipité son déclin alors que la renommée et le succès des Chantiers Dufour étaient au plus haut. Henri Jeanneau, lui aussi issu de la
quincaillerie (comme l’époux d’Annette Roux) avait, lui, la passion du bateau à moteur. Il s’est construit pour son usage personnel un premier petit bateau à moteur qui a suscité l’intérêt de son entourage. Il décida donc d’en construire quelques
exemplaires. C’est ainsi que débutait l’extraordinaire saga Jeanneau. Assisté de son épouse, qui co-gérait le chantier d’une main de fer, ce couple de vendéens, comme le tandem Roux, a vite occupé la toute première place dans l’Industrie Nautique. Là encore, à partir de peu, les Chantiers
Jeanneau sont vite devenus le premier constructeur français puis européen, pour enfin être mondialement connus. Les Jeanneau avaient compris avant
tous les autres l’importance qu’il y avait de passer de la vente directe à la distribution moderne par un réseau de revendeurs et d’importateurs structuré. Henri Jeanneau, vers quarante cinq
ans, au sommet de l’expansion de son entreprise, décide pourtant de la céder à une très importante société américaine: Bangor Punta. Pouvait-il si jeune en rester là? Oui et non! On le reverra plus tard assister sa fille et
son gendre dans Gibert Marine , encore une belle réussite, qui deviendra plus tard Gibsea après avoir été cédée à son tour à Rochas (les parfums). Puis on retrouvera encore l’empreinte du génial entrepreneur à travers Dynamique Yachts, géré de main de maître par Chantal Jeanneau. Ce chantier florissant n’a connu le déclin qu’en raison de la Guerre du Golfe survenu au plus mauvais moment alors que l’entreprise était parfaitement saine.
Je pourrai aussi évoquer la figure
emblématique d’Amel dont le chantier a survécu à son fondateur, lui aussi homme d’exception dont la culture d’entreprise tout a fait exemplaire encore de nos jours, a perduré et continue de perdurer à travers les années.
Et puis comment ne pas mentionner le
talent, la modestie d’un autre très grand patron disparu trop tôt il y a peu: Jean-Louis Gerondeau.
Arrivé en 1974 chez Zodiac au bord du dépôt de bilan, ce jeune homme d’une trentaine d’année bardé de diplômes fait de cette petite PME une multinationale de plusieurs milliers de personnes connue dans le monde entier non seulement pour sa toute première place dans le domaine du bateau mais aussi dans l’Aéronautique ou le secteur des Piscines. Tant d’autres que j’ai connus ou côtoyés
mériteraient de figurer au palmarès des pionniers Quelques noms? Dans le désordre! Jacqueline Bourey pour le Festival
International de la Plaisance de Cannes, Jacqueline Deliot, Jean Dayné, Michel Nivelt, Henri Wauquiez, Jean Goïot, Lucien Lanaverre, Oreste Rocca, Marcel Witner, Michel Richard. Et tant d’autres! Impossible de citer tous ceux qui ont
jalonné à des degrés divers ce long parcours de près d’un demi-siècle. Bien d’autres mériteraient d’être
mentionnés. Mais alors ce n’est pas une interview qu’il faudrait mettre en œuvre, mais un livre, et il existe : «100 ANS DE NAUTISME» par D. Charles et H. Bourdereau (PC éditions) Aujourd’hui, le marché arrive à maturité.
Les bateaux de croisière à voile ou à moteur, de voyage, de course, de ballades ont développé autant de niches qu’il y a de publics différents. Les pneumatiques, dont Sillinger que j’ai créé, ont vraiment popularisé le motonautisme, le rendant plus accessible et plus sûr. Les dériveurs qui apportent toujours plus de sen sations ou les canoë- kayak qui per mettent en rivière comme en mer de profiter du plaisir d’être sur l’eau. Je crois que le Nautic a de très belles années devant lui parce que naviguer restera toujours un loisir éco-durable et passionnant et que les Français, qu’ils soient constructeurs ou plaisanciers, ont pris une très grande longueur d’avance! ». n
DECEMBER 2010
YACHTWORLD.COM 37
Page 1 |
Page 2 |
Page 3 |
Page 4 |
Page 5 |
Page 6 |
Page 7 |
Page 8 |
Page 9 |
Page 10 |
Page 11 |
Page 12 |
Page 13 |
Page 14 |
Page 15 |
Page 16 |
Page 17 |
Page 18 |
Page 19 |
Page 20 |
Page 21 |
Page 22 |
Page 23 |
Page 24 |
Page 25 |
Page 26 |
Page 27 |
Page 28 |
Page 29 |
Page 30 |
Page 31 |
Page 32 |
Page 33 |
Page 34 |
Page 35 |
Page 36 |
Page 37 |
Page 38 |
Page 39 |
Page 40 |
Page 41 |
Page 42 |
Page 43 |
Page 44 |
Page 45 |
Page 46 |
Page 47 |
Page 48 |
Page 49 |
Page 50 |
Page 51 |
Page 52