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INTRODUCTION

Lorsqu’on leur parle des gorilles, la plupart des gens pensent à un animal vivant au plus profond des forêts tro- picales pluviales africaines, loin de toute influence du monde moderne ; pourtant ces forêts n’ont plus rien de profond, et ne sont plus inhabitées non plus. En fait, comme les conflits se prolongent dans beaucoup d’Etats africains où vivent des gorilles (Conseil de sécurité de l’ONU, 2008), on abat les forêts et on en fait du charbon de bois, on exploite le bois d’œuvre, on construit des routes, on intensifie les activités minières et les gorilles, tout comme les chimpanzés, les bonobos et beaucoup d’autres espèces sauvages sont chassés, tués et vendus sous forme de viande de brousse pour nourrir les camps de forestiers et de mineurs, car le nombre de per- sonnes qui dépendent de la viande de brousse croît sans cesse (Brashares et al., 2004; Poulsen et al., 2009). On observe aussi, en lien avec le braconnage et les lacunes de la répression, un renforcement du commerce illicite d’autres espèces, y compris de jeunes singes, d’ivoire ou de cornes de rhino (obs. pers., Nellemann).

Les populations de gorilles se retrouvent de plus en plus dans des îlots écologiques, isolés les uns des autres, généralement dans les terres les plus inaccessibles ou les derniers marais, confrontés à une destruc- tion constante de leur biotope, empêchés d’accéder aux endroits où ils trouvent généralement leur nourriture, ou même voués à la capture et à la mort entre les mains de chasseurs de viande de brousse (PNUE, 2002). Les gorilles courent aussi le risque d’être contaminés par des maladies comme le virus Ebola. Certaines de ces maladies peuvent être véhiculées involontairement par des touristes ou par des employés des parcs infectés, qui s’approchent trop près de primates trop familiers.

Malgré les essais réalisés pour tracer les produits de l’exploitation forestière et pour introduire des systèmes de certification du bois et des minerais, aucun programme n’a fait la preuve de sa capacité à assurer la survie des gorilles, à l’exception des succès remportés pour les gorilles de montagne. Ces derniers ont bénéficié de la protection d’une force de frappe de gardes forestiers, du soutien des gouverne- ments autour de ce programme et de l’implication des communautés locales. La poursuite du développement routier permettant l’extraction des ressources naturelles facilite aussi l’exploitation de la faune pour la viande de brousse (Wilkie et al., 2000; Brashares et al., 2004; Blake et al., 2008; Brugiere et Magassouba, 2009; Poulsen et al., 2009).

Les zones protégées représentent le principal outil formel pour pro- téger, théoriquement, les gorilles et bien d’autres espèces menacées. Néanmoins, cette protection formelle dépend entièrement de la ca- pacité, de la formation et de l’appui apportés aux agents de la force publique présents dans les parcs : généralement des gardes forestiers, parfois appuyés par la police ou par des unités de l’armée. Ces cou- rageux défenseurs de la faune ont payé un lourd tribut à leur cause. Confrontés à des paramilitaires qui tirent leur principal revenu du charbon de bois et de l’extraction minière (CSNU, 2001 ; 2008), à la corruption généralisée et à des sociétés commerciales qui bénéficient

de l’appui de grands réseaux internationaux, plus de 200 gardes fores- tiers ont été tués au cours des dix dernières années dans la zone de dimensions relativement modestes du Rift albertin. On constate une recrudescence constante du braconnage destiné à approvisionner en viande de brousse les camps, voire les villes de mineurs, de bûcherons et de miliciens de même que la destruction de l’habitat. La popula- tion humaine augmente elle aussi (Wilkie et Carpenter, 1999; Fa et al., 2000; Brashares et al., 2004; Ryan et Bell, 2005; Poulsen et al., 2009.

La capacité des gardes à faire appliquer la loi dépend également d’un certain nombre d’autres facteurs : l’appui des fonctionnaires adminis- tratifs, la prise de conscience du secteur judiciaire et sa volonté d’exer- cer des poursuites, ainsi que la formation et la coordination des offi- ciers des douanes et des gardes en patrouille, qui n’est pas le moindre d’entre eux (Hilborn et al., 2006).

Le bassin du Congo compte aussi certaines des plus vastes forêts plu- viales encore existantes, qui fournissent des services écosystémiques à l’échelle mondiale et qui pourraient jouer un rôle déterminant dans les stratégies d’atténuation des changements climatiques au sein des pro- grammes REDD+. Ces derniers sont conçus pour préserver les stocks de carbone existants et la capacité future au piégeage et au stockage du carbone en utilisant les forêts pluviales. La mise en place d’infras- tructures d’application de la loi et l’implication des communautés constituent des prérequis nécessaires pour assurer le succès de tout investissement REDD+ .

Le présent rapport met en exergue l’urgence de la situation dans le bas- sin du Congo. Il a pour objectif de permettre une prise de conscience des succès rencontrés par la collaboration transfrontière en matière de répression, même dans une région déchirée par les conflits.

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