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3 décembre 2015-18 février 2016 | le journal n°112


POINT FORT


Limiter les conflits et faire de l’eau un facteur de coopération


Une chaire Unesco en hydropolitique vient d’être attribuée à l’UNIGE. Les travaux scientifiques menés par ses chercheurs contribueront à une meilleure connaissance des enjeux politiques de l’eau


d’instabilité, en lien avec des risques sécuritaires majeurs. Elle peut aussi être un puis- sant instrument de coopéra- tion», a déclaré le conseiller fédéral Didier Burkhalter, le 16 novembre dernier, lors du lancement des travaux de la Commission mondiale sur l’eau et la paix. «Faisons de Genève un centre interna- tional pour la diplomatie de l’eau», a ajouté le ministre. Un vœu auquel fait écho l’at- tribution d’une chaire Unesco à l’UNIGE, dans le domaine hydropolitique. Dans son discours, le chef du Département fédéral des affaires étrangères rappelait que la demande en eau sur la planète allait croître de 55% d’ici à 2030. Son accès pose- ra ainsi de graves problèmes à nombre de pays et de ré- gions. En quelques années, la gestion durable de cette res- source est devenue un véri- table défi mondial. Pourtant, peu d’institutions ont concen- tré leurs recherches sur la di- mension politique de l’or bleu, ses implications dans la régu- lation des rivalités ou la réso- lution des conflits. Répondre à ces enjeux, c’est précisément l’objectif de la chaire Unesco en hydropolitiques. Le pro-


«L


’eau peut être une source de tension et


jet GouvRhône, qui propose des pistes de réflexion pour la gouvernance transfrontalière du Rhône, en est un premier exemple (lire ci-contre). Pour développer ses pro-


grammes d’éducation et de recherche, la chaire Unesco pourra bénéficier des mul- tiples compétences déjà pré- sentes à l’UNIGE, notamment à l’Institut Forel, à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) ou encore auprès de la Plateforme de droit internatio- nal de l’eau douce. Entretien avec la professeure Géraldine Pflieger, titulaire de la chaire, et Christian Bréthaut, adjoint scientifique à l’ISE et directeur de la composante «recherche et éducation» du Pôle Eau Ge- nève (lire encadré).


Quelles sont les probléma- tiques actuelles liées à l’eau? Géraldine Pflieger: Au quo- tidien, l’enjeu se situe essen- tiellement autour de l’accès à l’eau potable et de l’assai- nissement. La question du financement de ce service, de la source jusqu’à l’épuration, est devenue déterminante. Par ailleurs, les différents acteurs doivent pouvoir an- ticiper les impacts du ré- chauffement climatique et se doter de dispositifs de gou- vernance permettant d’agir


rapidement. Enfin, reste à déterminer comment se par- tager de façon équitable une ressource de plus en plus rare. Nous devons imaginer des modèles de gouvernance qui permettent de limiter les conflits et faire de l’eau un facteur de coopération.


Comment? Christian Bréthaut: Il s’agit par exemple d’aborder les tensions géopolitiques à tra- vers la lucarne de l’eau. Sou- vent, les pays en conflit sont en blocage complet sur de nombreux enjeux politiques, alors qu’ils continuent à coo- pérer au niveau local, no- tamment en s’échangeant de l’eau pour alimenter les populations. Il faut d’abord comprendre ces modes de collaborations locales pour renforcer ensuite la coopéra- tion aux échelles supérieures. Historiquement, l’eau a plus souvent été source de coopé- ration que de conflit. La situa- tion en Syrie et en Irak montre toutefois que l’on peut éga- lement utiliser les infras- tructures liées à l’eau pour assécher ou inonder des ter- ritoires de façon stratégique.


La chaire pour ra-t-el le contribuer à la résolution des conflits?


G.P.: Nos travaux se situent à tous les niveaux des pro- blématiques, qu’elles soient locales, régionales ou inter- nationales. C’est une réelle force de notre chaire, avec des compétences croisées à de multiples échelles qui peuvent être exploitées dans une perspective nord-sud. Par exemple, au niveau des villes, la gestion urbaine de l’eau touche des questions très sensibles autour de son accès et de la durabilité. La privatisation des sources cause de nombreux conflits, avec des communautés qui sont dépossédées de leurs ressources. L’un de nos pro- jets de recherche s’interroge par exemple sur la place des citoyens dans la gestion du- rable des lacs.


Qu’en est-il au niveau régio- nal et international? G.P.: Il y a encore beaucoup de réflexions à mener sur le bassin-versant du Rhône, surtout autour du Grand Ge- nève ou du lac Léman. Nous exploiterons également la méthodologie développée dans le cadre de GouvRhône pour travailler sur d’autres bassins-versants.


Ch.B.: L’une de nos re- cherches porte par exemple


Une plateforme pour communiquer avec le public


Créé en 2014, le Pôle Eau Genève, soutenu par la Direction du développement et de la coopération (DDC), traite des questions de gouvernance de l’eau. La responsabilité de sa composante «recherche et éducation» a été attribuée à l’UNIGE. Dirigée par Christian Bréthaut, cette structure mène des travaux qui visent à favoriser des prises de décision scientifiquement fondées. Elle a aussi


pour ambition de communiquer de manière originale sur l’or bleu, notamment avec une plateforme internet, conçue comme un «damier de connaissances». Le site met à la disposition du public des conférences filmées, des bibliographies commentées ou encore des «jeux sérieux» où chacun endosse un rôle précis dans une problématique liée à l’eau. La structure propose également un CAS en gestion et politique de


l’eau ainsi qu’un MOOC. Une Summer School devrait suivre prochainement. Pour bien terminer l’année, le Pôle proposera aux Genevois de tester leurs connaissances sur l’eau lors des festivités du réveillon proposées par la Ville de Genève. Ainsi, le 31 décembre, une marelle lumineuse originale sera mise à la disposition du public au bord du lac, de 21h30 à 23h30.


www.genevawaterhub.org


sur le bassin-versant du Nil, où l’Ethiopie construit ce qui sera la plus grande ins- tallation de production hy- droélectrique du continent africain. Ce barrage aura très certainement des impacts sur les débits du fleuve et sur les pays situés en aval. Nos résultats montrent que la situation ne dépend pas seu- lement des relations entre Etats, mais qu’elle s’inscrit dans un réseau plus large, dépendant de la produc- tion d’énergie électrique à l’échelle africaine. Nous ne sommes pas là pour pres- crire des solutions toutes faites, mais bien pour ame- ner des clés de lecture diffé- rentes grâce à une approche scientifique.


Les Objectifs du millénaire visaient à l’universalisation de l’accès à l’eau potable et à des services d’assainisse- ment de base. Est-ce tou- jours d’actualité? G.P.: L’objectif a été atteint sur le plan mondial pour l’accès à l’eau potable, mais des inégalités persistent. Certaines populations dis- posent au robinet d’une res- source de qualité, à un prix abordable alors que d’autres doivent se rendre à un point d’accès public où le liquide est de qualité moindre. Un important travail reste à mener pour que chacun ait accès à un service moderne d’approvisionnement. C’est là que la question du finan- cement intervient avec, d’un côté, la Banque mondiale qui demande une tarifica- tion au prix coûtant et, de l’autre, des usagers qui ne peuvent pas payer. Quant à l’assainissement, on est loin du compte avec un fort taux de non-connexion. Un tiers de l’humanité demeure pri- vée de systèmes d’assainis- sement.


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