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Inconciliable


Les paysages que réalise Alejandro Rodriguez Sardinas avec un étonnant talent de dessinateur et de coloriste sont com- posés selon une perspective très particulière qui donne l’im- pression de les survoler. Forêts luxuriantes, steppes arborées ou mangroves, ils peuvent s’inspirer de paysages que l’ar- tiste a connus à Cuba ou en Guyane. Mais ce sont avant tout des paysages intérieurs, comme arrachés au temps. Ses toi- les peuvent donner l’illusion du rendu photographique. Elles procèdent bien plutôt d’une vision. Comme si l’objet vu se retirait du monde visible.


Ses travaux plus récents représentent un tournant dans le travail de l’artiste. Alejandro Rodriguez Sardinas dénonce dé- sormais avec force les atteintes qui sont perpétrées à l’en- contre de la nature et plus particulièrement de la forêt. Le style de ses oeuvres s’en trouve également transformé. Plus véhémentes, ses toiles gagnent en expressivité.


Inconciliable, la toile que vient de réaliser l’artiste s’attache à montrer l’eau en tous ses états: au premier plan, les grands réservoirs d’eau liquide de la mangrove ou de la forêt ; à l’arrière plan, les glaciers et dans les lointains brumeux, l’eau sous forme de vapeur d’eau. Ce sont là différents réservoirs d’eau de la planète : eau douce liquide, glaciers et eau at- mosphérique. La prédilection de l’artiste va à l’eau de cette mangrove qu’il survole et habite depuis de longues années dans son imaginaire. Mais il est conscient du danger qui me- nace le cycle de l’eau dans son ensemble: la déforestation a pour effet de diminuer l’évapotranspiration.


Dans plusieurs toiles, Le Fleuve rouge en particulier, Alejandro Rodriguez Sardinas s’était déjà élevé contre la blessure et l’outrage que subit la forêt, et avec elle tous les êtres vivants qui l’habitent. Il va plus loin dans ce travail. Le cube géant, arraché à la substance même de la forêt des pays du Sud, symbolise l’irréparable préjudice que subit la planète toute entière. Au traitement des eaux et des feuillages, réalisé tout en douceur et en nuances, s’opposent les arêtes tranchées du cube et de la fosse abyssale qu’il génère.


Deux mondes inconciliables s’affrontent sur la toile : l’éco- système d’origine –s’il en est- et la civilisation prédatrice qui le soumet. Alejandro Rodriguez Sardinas lance un cri d’alar- me. Il appelle puissamment, si ce n’est au culte romantique d’une nature d’origine qu’il conviendrait de retrouver, du moins à la gestion d’un jardin mondial, patrimoine de l’hu- manité toute entière, qu’il est urgent de mettre en place.


Sans titre - 1m20 X 40


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