ÉDITORIAL
Les petitesmanipulations et le vrai business des labels de complaisance
Sur le siteweb de la société hollandaise qui délivre le label Top Employeurs, contremonnaie sonnante et trébuchante, on peut lire ce témoignage sans doute irréfutable attribué à une dame Linda Yang (27 ans, Chine) : « Top Employers Chine a changé mon opinion sur certaines entreprises. Maintenant, je sais que ces entreprises prennent vraiment soin de leurs employés. (...) La prochaine fois que je chercherai un nouveau travail, je vérifierai la présence du logo ». Bien que France Télécom-Orange soit labellisée Top employeurs depuis 2009, ses personnels ne montrent pas le même enthousiasme à l’égard d’un label qui est censé distinguer les politiques de ressources humaines.
C’est ainsi que les représentants du syndicat CFE-CFC/UNSA d’une entreprise dont on connaît le nombre record de suicides de salariés dénonçait récemment non sans ironie la présence répétée de leur entreprise dans la liste des Top Employeurs français « en dépit des lenteurs, voire des blocages, dans la mise en œuvre du nouveau contrat social » lancé par la direction. Il est vrai que les personnels ne sont pas consultés et que seules les directions RH remplissent le questionnaire d’audit de ce label. Le syndicat souligne d’ailleurs l’écart avec les résultats du baromètre social à France Télécom-Orange « qui, lui, interroge les personnels ».
Ainsi est présenté le label : « Le label Top Employeurs est attribué selon la méthodologie développée par le CRF Institute et repose sur le CRF HR Best Practice Survey™ (Enquête sur les meilleures Pratiques RH du CRF), un questionnaire structuré visant à analyser et évaluer les diverses thématiques liées à la gestion des ressources humaines : culture d’entreprise, pratiques de rémunération et avantages non pécuniaires, stratégies de leadership, plan de formation et de développement professionnel, politiques de bien-être, équilibre vie professionnelle – vie privée, engagement et initiatives en matière de développement durable et de responsabilité sociétale ». Pour renforcer le sérieux de l’entreprise, il est précisé que le questionnaire a été développé au niveau européen avec l’aide d’Accenture Italie, AT Kearney Allemagne, Deloitte Espagne et d’autres consultants spécialisés en RH… Avec deux suicides déclarés récemment, La Poste figure en toute légitimité dans la liste Top Employeur France !
Evaluation sincère ou communication d’entreprise ?
On a vu ces dernières années et dans le sillage du Grenelle de l’environnement se multiplier les labels « verts » et « bio » surfant sur la vague écologique et « certifiant » produits, services et entreprises engagés dans des démarches de développement durable. Voici désormais les labels « social friendly » pour entreprises « bisounours » qui câlinent leurs salariés et où il fait si bon travailler (un de ces labels s’intitule « Best places to work »). Plus social que moi tu meurs !
Les entreprises paient – cher – pour obtenir ces labels d’autosatisfaction et ces reconnaissance de complaisance. Rapidement affichables, ils deviennent des éléments incontournables de tout bon plan de communication. La création et l’attribution de ces hochets est une activité hautement rémunératrice pour les sociétés qui en assurent la promotion. Le promoteur du label Top employeurs ne s’en cache pas : il s’agit avant tout demaximiser la visibilité du labellisé auprès de ses marchés cibles.
A quand un label des entreprises les plus labellisées ? Mais cela existe peut-être déjà. On ne connaît pas tout.
Jean-François Romain Rédacteur en chef
QUALITÉ RÉFÉRENCES JANVIER, FÉVRIER, MARS 2012 PAGE 3
Page 1 |
Page 2 |
Page 3 |
Page 4 |
Page 5 |
Page 6 |
Page 7 |
Page 8 |
Page 9 |
Page 10 |
Page 11 |
Page 12 |
Page 13 |
Page 14 |
Page 15 |
Page 16 |
Page 17 |
Page 18 |
Page 19 |
Page 20 |
Page 21 |
Page 22 |
Page 23 |
Page 24 |
Page 25 |
Page 26 |
Page 27 |
Page 28 |
Page 29 |
Page 30