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QUALITÉ ET MANAGEMENT


Tribune


Individuel ou collectif, quelle carte jouer en situation de crise ?


Telle que la question est posée, on pourrait s’attendre en guise de réponse à un plaidoyer en faveur du collectif : oui, on est plus forts à plusieurs, oui le nombre fait force, oui la solidarité permet de passer desmoments difficiles, partager en temps de crise plutôt que se replier sur soi aide souvent à surmonter l’épreuve etc.


A l’inverse, rejoindre aveuglément un groupe pour s’abriter de la tempête ne préserve pas de tout danger : que dit-on de la crise dans ce groupe-ci, comment a-t-on décidé de réagir à la pression dans ce collectif-là? Cette appartenance que nous scellons a-t-elle de bonnes raisons d’exister et d’ailleurs pré-existait-elle à la crise ? Partagions-nous un sens commun, une affi- nité, une forme quelconque d’alliance qui ne serait donc pas de circonstance?...


A omettre de s’interroger ainsi, nous risquons de nous trouver embarqués dans une aventure qui nous dépossèderait de nos convictions, de nos valeurs, de nous- mêmes en quelque sorte et de fait nous fragiliserait autrementmais aussi sûrement qu’une crise…


Dès lors, comment arbitrer ? Pour ou contre le collectif ?


Et si, plutôt que de poser la question ainsi, nous la transformions ? Et si nous chan- gions d’axe, de point de vue, de perspec- tive ? En effet, ainsi formulée, la question laisse à penser que nous validons la réalité et l’impact de la crise et que nous cher- chons une solution à tout prix. Nous sommes déjà dans une position défensive face à notre intitulé. Nous plions déjà sous le poids de ladite crise, cherchons à tout prix la sortie.


Or, nous savons que la crise – parce qu’elle est indissociable de la peur, et que la peur est contagieuse – peut devenir un instru- ment entre les mains de certains qui savent fragiliser ainsi un collectif – la peur dilue l’intelligence et le discernement – afin de faire passer des mesures ou des décisions qui ne pourraient passer autre- ment. La peur est parfois une arme, la crise une stratégie.


Une autre façon d’entrer – ou de sortir de notre sujet – consisterait à le reconsidérer : ainsi au fait, et moi, suis-je en crise? Ai-je perdu mes repères, mon nord, mon che- min ? Autrement dit, ai-je raison d’avoir peur? Et pourquoi donc serais-je en crise? Enquêtons donc sur ce qui passe pour une évidence – ou plutôt pour une soumission à l’évidence. Titillons donc le dessous des cartes, malmenons un peu l’autorité qui nous assène cette tragique vérité : « c’est la crise!»


Aujourd’hui, on ne se lasse pas d’entendre « qu’il faut rembourser la dette » pour sortir de la crise. Et chacun selon sa culture, son histoire, sa représentation de la situation… ira de sa solution pour la rembourser cette dette. On ne s’interroge que sur le « comment ». Mais ne peut-on aussi se poser la question de : « Faut-il rembourser la dette?Et si oui pourquoi?»


Dès lors que nous l’abordons ainsi, le sujet nous appartient, il n’est plus une fatalité, un fardeau, une injonction de faire, mais un choix. Et ça change tout.


Refuser que la peur des autres soit forcé- ment aussi la sienne, surmonter les vieux réflexes dictés par notre cerveau reptilien (fuir ou agresser) et ouvrir les yeux sur la situation, la penser, la peser, selon soi…voilà une façon de sortir de l’emprise d’une crise réelle ou fabriquée et de faire émerger les enjeux opportuns, pertinents.


Dès lors, les yeux ouverts et l’esprit alerte, face à une situation tendue, vous jouerez la carte que vous voudrez, mais vous la jouerez en toute connaissance de cause, avec votre libre-arbitre. Et quel que soit le camp que vous rejoindrez alors – celui de l’individualisme ou du collectif – vous aurez fait progresser les deux parties car vous aurez usé de la seule arme qui ne tue personne et profite à tous : la pensée 


Pierre Cacoub*


*Conseil«humaniste»auprèsd’entreprisesetde dirigeantspendantplusde20ans,co-fondateur en2010delasociétédeconseil d’accompagnementOdusséiaavecTatiana Sokoloff.Ilsontco-écritl’ouvrage«Variations autourdusens»(ÉditionsUncôtéRenaissance). •www.odusseia.frwww.uncoterenaissance.blogspot.com


QUALITÉ RÉFÉRENCES  OCTOBRE, NOVEMBRE, DÉCEMBRE 2011  PAGE 18


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