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LE VELO CONTRE LE MUR
Si anodines sont les choses qu’on ne saurait leur prêter quelque pouvoir
extraordinaire...
Le vélo appuyé contre le mur ne lui paraissait pas étranger. Il se rappela très vite le jour
où il l’avait vu pour la première fois contre ce mur imprégné de vomissures . C’était un 8
décembre. Pluvieux. Léandre Loiseau était rentré très tard du centre-ville sérieusement
éméché après la Fête des Clous. C’était un vélo de course au guidon courbé en demi-lune
à chaque extrémité. Doté de “boyaux” très fins montés sur des roues au grand diamètre.
Équipé de cale-pieds à l’ancienne. Seul la présence d’un petit porte-bagages à l’arrière,
alors que la roue au dessous n’était pas protégée par un garde-boue, pouvait le distinguer
des autres. Hormis cette fantaisie fonctionnelle, c’était un vélo comme on en voit tellement
qu’on y prête aucune attention particulière. Sa couleur d’origine devait être proche d’un
vert émeraude métallisé. Il était maintenant taché, marbré et rayé, presque vert-de-gris .
Devant la cage d’escalier, il vit un chien qu’il n’avait jamais aperçu dans le quartier qui,
levant la patte arrière-droite, vint marquer son territoire d’un jet d’urine sur la roue arrière,
pour s’évanouir aussitôt dans la nuit blafarde. Sur la route longeant la cité, roulait une
voiture de La Ligue tous feux éteints dans la nuit froide et venteuse. Ces patrouilles
n’entraient plus dans la cité et Léandre savait bien qu’il devait compter sur lui seul pour
assurer sa sécurité. Il monta au premier, inséra la clef dans la serrure et la tourna, appuya
sur la poignée, ouvrit la porte, entra en faisant aussitôt demi-tour pour pousser la porte,
releva la poignée intérieure, et tourna les deux verrous pour refermer à double tour. Il était
fatigué et il était tard : il se retrouva sous la couette et s’endormit sans même lire...
... sans même réfléchir, Léandre pédale insouciant, son chien courant derrière lui,
visiblement heureux. Il court souplement, comme porté par la douce brise de cette nuit
d’été. Puis soudain accélère. Ses pattes mordent le sol avec frénésie maintenant. Il
rattrape son maître. Le regarde. Son oeil est différent. Léandre prend peur. Le chien est
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