Avec une nette prédilection pour les Etats-Unis. Qu’est- Est-ce que vous appréciez la solitude de l’écriture ?
ce qui vous attire dans ce pays ?
La solitude, tout à fait. Mais quand j’écris, c’est l’enfer.
Plein de choses me plaisent dans ce pays (et autant ne me
C’est l’enfer avant, pendant, après. C’est l’enfer en
plaisent pas). Ce qui m’attire, c’est le format XXL des Etats-
permanence avec de courts instants de pur bonheur. 1%
Unis, ce côté proche de la bande dessinée, avec des
du temps, ce sont des moments de grâce et j’écris pour ça,
personnages à la Tarantino. J’y passe une partie de l’année et
pour ces moments-là, parce que je ne peux pas m’en
c’est vraiment mon terrain de jeux. D’exploration. Car j’essaie
passer.
de me tenir éloigné des clichés, de rester hors des sentiers
Pourtant quand je me lève le matin j’avale deux cents
battus. Mes livres ne se déroulent pas à New York ou à San
cafés, j’ai envie de tout sauf de me mettre à l’écriture. Ce
Francisco. Dans « Monster », on ne passe quasiment dans
n’est pas du tout spontané, c’est une guerre permanente. Je
aucun endroit connu. Je n’ai pas envie de faire comme les
suis sans doute un peu taré ou maso. Mais j’ai des
autres.
moments réguliers de satisfaction, comme des shoots
d’adrénaline. Quand la magie fonctionne,
Qu’y a-t-il de vous dans le personnage
quand tout s’emboîte, c’est merveilleux. Ces
de Paul Becker ?
« Quand j’écris,
instants-là ne se préméditent pas, mais
c’est l’enfer »
lorsqu’ils surgissent, je suis super heureux !
Sa vie professionnelle est vraiment la
mienne. Tout est authentique. Mais,
En parcourant votre site internet, j’ai été
surtout, je pourrais avoir les mêmes réactions que lui. C’est
frappé par une phrase qui revient à plusieurs
sûr que je ne me trouve pas dans des situations aussi
reprises : « La vie n’a aucun sens ». C’est votre côté
extrêmes. Mais dans ses émotions, son ressenti par rapport
obscur ?
au boulot, l’analogie est évidente.
Bien sûr que la vie n’a aucun sens. On l’apprend tôt ou
tard. Et je dois dire que ce constat m’a frappé assez tôt en
Analogie jusque dans les initiales de son nom, qui sont
travaillant au service des urgences. Face à cette réalité, on
les mêmes que les vôtres…
a le choix entre deux attitudes : soit on devient fataliste et
dépressif, soit on a un panache à la Cyrano. Même si la vie
C’est l’un des clins d’œil que j’adresse au lecteur, bien sûr.
n’a aucun sens, nos actions, elles, en ont un. Le panache,
c’est ne pas se contenter d’être moyen, faire de belles
Vous commencez votre travail d’écriture par la création
rencontres, aimer quelqu’un, lire un livre, avoir des
des personnages. Vous leur donnez vie puis les lancez
enfants...
Et l’un des sens que je donne à la vie, c’est le
dans l’histoire ; et parfois vous ne savez pas ce qui va
divertissement. ça a vraiment un sens pour moi quand je
leur arriver. Avec le lot de rebondissements et
propose au lecteur de passer quelques heures à se divertir,
d’intrigues présents dans votre roman, difficile de croire
à sortir de la grisaille.
que vous ne préparez pas un canevas très méticuleux de
votre histoire…
Propos recueillis par Olivier Quelier
Eh non ! Sinon l’écriture perdrait tout son intérêt pour moi. Je
veux être constamment surpris. Quand je commence la
rédaction, je connais le début, le milieu et la fin, mais ça tient
sur une page. Pour être franc, le synopsis de « Monster » tient
sur deux pages. Quand les personnages sont entièrement
définis, je les lâche et ils vivent leur vie. A charge pour moi de
faire surgir des faits cohérents en fonction de leur évolution
psychologique. Mais les événements qui leur tombent dessus
et qui résultent de leurs propres choix ne sont pas définis à
l’avance.
Tout est sans cesse remis en jeu. L’intrigue prend forme au
moment où j’écris. A la base, les personnages ont des secrets,
toujours, avant même que je ne commence avec eux.
En tout cas, face à de telles histoires, le milieu du
cinéma ne doit pas rester indifférent !
« L’œil de Caine » avait été acheté quelques jours avant sa
sortie. Mais je n’en sais pas plus. Ce n’est pas moi qui
m’occupe de ça. Et je n’y réfléchis pas lorsque j’écris.
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